Un entretien avec Jimmy Rémillard, président de Constructions RDJ
Membre de la 28e cohorte Élite de l’École d’Entrepreneurship de Beauce.
Avant d’être entrepreneur, Jimmy Rémillard a passé près de 15 ans en intervention sociale. Un parcours qui a profondément marqué sa lecture du monde et qui continue d’influencer, aujourd’hui encore, sa manière de diriger une entreprise. « En intervention, tu comprends vite que tout le monde ne part pas sur un pied d’égalité. »
Comprendre ce qu’on ne voit pas
Au fil des années, Jimmy a accompagné des jeunes aux parcours complexes. Il a été confronté à des situations de négligence, des contextes familiaux instables et des trajectoires déjà fragilisées très tôt. Avec le temps, un constat s’impose : derrière un comportement difficile, il y a souvent une histoire qu’on ne voit pas. Cette capacité à comprendre avant de juger est restée au cœur de sa façon d’agir.
« On peut juger un adolescent pour ce qu’il fait aujourd’hui,
mais il faut aussi comprendre ce qu’il a vécu à 5 ans. »
Une expérience qui change tout
Son passage comme famille d’accueil vient compléter cette compréhension. Accueillir un enfant, c’est entrer dans une réalité beaucoup plus complexe qu’on l’imagine. Il y a la relation avec l’enfant, la relation avec les intervenants, celle avec les parents biologiques, et toute l’incertitude qui accompagne ce rôle. C’est une expérience exigeante, mais profondément structurante.
« Tu ne sais jamais exactement ce que sera la suite pour l’enfant. »
Un entrepreneur façonné par l’intervention
Aujourd’hui à la tête de son entreprise, Jimmy n’a pas laissé derrière lui ce qu’il a appris. Au contraire. Son passé en intervention sociale influence directement son leadership.
Dans les situations de tension, avec des employés, des clients ou des partenaires, il applique la même approche : comprendre avant d’interpréter, écouter avant de juger. Cette posture donne, selon Jimmy, un style de gestion plus humaine, mais aussi plus efficace.
« Si tu communiques avec une volonté de comprendre,
tu n’obtiens pas les mêmes résultats. »
Pourquoi mobiliser les entrepreneurs
Dans la campagne Famille de cœur, Jimmy joue un rôle clé : celui de catalyseur. C’est lui qui a convaincu les autres entrepreneurs de sa cohorte de s’engager dans la cause. Son point de départ n’était pas stratégique. Il était humain. Il s’est appuyé sur des visages. Des histoires. Des enfants qu’il avait connus et qui avaient besoin d’un environnement stable.
Pour lui, la crise du manque de familles d’accueil au Québec ne peut pas être portée uniquement par les institutions. Le milieu entrepreneurial a un rôle à jouer. Pas seulement en contribuant financièrement. Mais en mobilisant des réseaux, des ressources, des compétences. L’engagement collectif de sa cohorte en est un exemple concret et fort est de constater que les entrepreneurs peuvent faire partie de la solution.Ce qui fait réellement la différence
Avec le recul, Jimmy identifie clairement ce qui change une trajectoire de vie. D’abord, l’acceptation. Accueillir un enfant tel qu’il est, sans condition, sans attente irréaliste. Ensuite, la stabilité. Offrir un environnement où les besoins de base sont assurés, où l’enfant peut enfin se déposer.
« Quand un enfant se sent en sécurité,
il peut recommencer à grandir. »
À ceux qui hésitent à devenir famille d’accueil, Jimmy ne propose pas une réponse simpliste. Il reconnaît que c’est exigeant. Mais il rappelle aussi que le simple fait de s’y intéresser est déjà un premier pas. Selon lui, la réflexion elle-même transforme déjà quelque chose en nous.
Pour les jeunes…
S’il avait un message à adresser à un jeune en difficulté, il serait simple : trouve autour de toi une personne de confiance. Cette personne existe toujours. Que ce soit un adulte, un professeur ou bien un intervenant. Simplement quelqu’un à qui parler. Et avoir le courage de faire ce pas peut tout changer.